Les « idées » qui accompagnent ces manifestations spontanées, primordiales, de la pensée par lesquelles elle se ramène au fait de préférer et/ou d’exclure, risquent d’être, dirait Spinoza, fort inadéquates, ce qui ne les empêche pas, à défaut de pouvoir s’afficher et se faire reconnaître comme des idées vraies, d’être de vraies idées. Dans son Commentaire au troisième chapitre de. Cette théorie suppose l’assimilation de la totalité des choses à un organisme, et la représentation de la totalité, sous la forme d’une sphère, centrée sur la situation d’un vivant privilégié : l’homme. Pour y voir plus clair à ce sujet, il est utile de revenir à la question de l’anthropocentrisme, qui est au cœur, reprenons les termes de Canguilhem qui viennent d’être cités, de « la représentation de la totalité, sous la forme d’une sphère, centrée sur la situation d’un vivant privilégié : l’homme ». Fiche de lecture La connaissance de la vie, Georges Canguilhem 1952 Introduction La pensée et le vivant La connaissance est analyse. Enregistrer mon nom, mon e-mail et mon site web dans le navigateur pour mon prochain commentaire. 16 Entre le vivant et son milieu, le rapport s’établit comme un débat, où le vivant apporte ses normes propres d’appréciation des situations, où il domine le milieu, se l’accommode. endobj
Dans son article "Le Vivant et son milieu", Canguilhem entend démontrer la spécificité de la notion de milieu rapportée au vivant. CANGUILHEM, Georges, « Milieu et normes de l’homme au travail », in Cahiers Internationaux de Sociologie, Editions du Seuil, Paris, 1947 Cet article se veut une discussion d’un ouvrage de Georges Friedmann paru en 1946 intitulé Les Problèmes humains du machinisme industriel.. Dans le même fil d’idées, Canguilhem revient à Comte et Bernard pour (ré)exprimer son opposition à leurs tentatives d’unification des lois de la vie naturelle et de la vie pathologique qui, aussi valables soient-elles dans la physique de Galilée et Descartes, elles La connaissance de la vie n’a pas affaire à des êtres dont la constitution pourrait être étudiée indépendamment des rapports qu’ils entretiennent avec un milieu d’existence, qui serait lui-même déterminé en fonction de ses lois propres, donc indépendamment des vivants qui l’investissent sous des formes qui font intervenir la considération non seulement de l’être mais d’un devoir-être : pour cette forme spécifique de connaissance, et c’est ce qui la singularise radicalement, ce qui existe d’emblée c’est l’ensemble fluctuant des relations d’interpénétration réciproque entre des vivants et leurs milieux d’existence, ensemble qui constitue une totalité à la fois indécomposable, inanalysable, et en cours permanent de transformation. Si les valeurs contestent les faits, ce n’est pas qu’elles aient la prétention de se substituer à eux : elles ne sont pas des faits de niveau supérieur, comme le professe le platonisme de premier degré qui soutient la doctrine cousinienne « Du vrai, du Beau, du Bien », une manière de voir à laquelle il est impensable que Canguilhem ait pu, par un biais ou un autre, se rallier. L’environnement d’un organisme n’est point quelque chose d’achevé, mais il se forme sans cesse à nouveau dans la mesure où l’organisme vit et agit. L’espace dans lequel se déroulent des séries d’éléments aléatoires, c’est, je crois, à peu près cela que l’on appelle le milieu […] Le milieu, qu’est-ce que c’est ? Chaque organisme vit dans un monde qui est loin de ne contenir que des excitations adéquates à cet organisme, il ne vit point dans son seul « environnement », mais au contraire dans un monde où toutes les autres excitations possibles se font sentir et agissent sur lui. La Connaissance de la vie est une œuvre du philosophe et médecin Georges Canguilhem publiée en 1952, puis augmentée et rééditée en 1965. Kurt Goldstein a opposé à cette manière de voir l’objection suivante : « Ce ne serait possible que si chaque organisme individuel vivait solidement encastré dans un monde à part, son environnement, et si pour lui le reste du monde n’existait pas. Varela, ce sujet «énactif», indissociable de sa situation et de son action, n’est pas un sujet réflexif, sujet dédoublé détenant une position surplombante par rapport à l’ensemble de ses activités, activités cognitives comprises, qu’il contemple comme de l’extérieur : son identité de sujet n’est jamais acquise définitivement, mais elle est le résultat d’un travail incessant qui, au fur et à mesure de son déroulement, la compose, la décompose et la recompose ; c’est une identité virtuelle, qui ne s’accomplit qu’à travers ses effets et ses œuvres. Georges Canguilhem Quel scientifique a écrit l'article intitulé "Le Vivant et son milieu" ? En suivant l’histoire de cette notion, on rencontre des occurrences les plus contradictoires de celle-ci : on parle de « milieu intérieur » ou de « milieu extérieur », de « milieu propre » (centré comme tel sur une position de sujet) ou de « milieu naturel » (n’impliquant aucune position de sujet), etc. Or c'est tout le contraire, explique Canguilhem : la vie est un équilibre précaire (plus ou moins stable), une lutte permanente pour rétablir et renforcer une organisation dynamique. D’autre part, Uexküll donne à penser que, à son point de vue, chaque monde conformé en rapport avec un certain type de vivant et centré sur ses besoins spécifiques se présente comme un empire autonome, enfermé dans les limites de son ordre propre, tanquam imperium in imperio, serait-on tenté de dire ; il faudrait alors traduire cette formule : « comme un empire dans l’empire », ce second empire, qui contient tous les autres, étant le monde en général. Les valeurs, qui sont en conflit entre elles davantage qu’elles ne sont en conflit avec les faits, ne sont pas des possibles idéaux, des formes rationnelles en attente de leur réalisation sur laquelle elles anticiperaient, et dont l’évocation obéit fatalement au mouvement rétrograde du vrai. Georges Canguilhem, "Le vivant et son milieu", 1947, in la reproduction de la conférence « Le cerveau et la pensée », placée en tête du recueil des Actes du Colloque de 1990. Tout au long de son parcours intellectuel, Canguilhem a été aux prises avec un adversaire qui est, peut-on dire, l’ontologisme : celui-ci se manifeste aussi bien à travers l’illusion de normalité, qui ramène le normal à une catégorie de l’être, qu’à travers la représentation de la technique comme science appliquée, qui méconnaît son caractère vital d’expérience pratique associant travail, main mise et prise de risque sur fond d’aventure3, ou encore à travers l’objectivisme causal qui, grâce à une procédure d’abstraction, ramène la réalité à un ensemble de déterminations données de toute éternité, dont il ne reste à la connaissance scientifique qu’à formuler, soi-disant telles quelles, les lois. La contrariété en un mot, est une opposition réelle. « La contradiction est une opposition absolue, l’opposé y est la négation, sans réserves, du posé. »28. Suivi jusqu’à ses ultimes conséquences, ce présupposé anthropomorphique conduit à penser qu’il n’y a de vrai sujet, pleinement constitué, qu’humain, les autres vivants étant renvoyés au statut de quasi sujets, sujets incomplets, imparfaits, voire même manqués, auxquels fait défaut, du moins en partie, la capacité entière d’évaluation et de jugement qui appartient à l’humain comme tel et le définit. Rappelons l’idée essentielle de Canguilhem : la norme n’est jamais biologique, mais est produite par le rapport d’un vivant à son milieu. B) Le normal et le pathologique => titre d'un ouvrage , G. Canguilhem, philosophe du XXème siècle . « La considération du système solaire dont nous faisons partie nous offre évidemment un sujet d’étude bien circonscrit, susceptible d’une observation complète, et qui devrait nous conduire aux connaissances les plus satisfaisantes. »39. Ils ne se nient pas entièrement l’un l’autre et cela demande qu’ils aient de la réalité l’un comme l’autre. Mais dans ce cas le problème de l’organisme serait simplement déplacé pour devenir le problème de cet environnement déterminé. –, la même réalité naturelle fait l’objet de découpes différentes38). Sur le plan de la vie, s’il y a partout puissance de juger, c’est-à-dire de discriminer l’utile du nuisible, il n’y a pas de forme universelle du jugement posée en référence à des modèles idéaux du bien et du mal qui, considérés pour eux-mêmes, auraient une portée purement théorique et seraient susceptibles d’être rationalisés. Ce qui spécifie l’humain par rapport aux autres vivants, c’est que cette plasticité est portée par lui à sa puissance maximale : l’évolution naturelle et son histoire propre, qui, il ne faut pas l’oublier, est issue de cette évolution et n’en est en fin de compte qu’une production dérivée, une « branche », lui ont donné la capacité à la fois de changer son milieu, par l’intermédiaire de la technique, et, au besoin, de changer de milieu en s’exterritorialisant, capacité dont les autres espèces ne disposent pas, du moins à ce degré et à ce rythme. Le principal point d’inflexion du parcours suivi par Canguilhem a été la décision d’entreprendre des études de médecine, décision philosophique motivée par le désir de donner un contenu concret, puisé à même le déroulement des processus vitaux, à la réflexion au sujet du devoir-être. L'article sur « Le vivant et son milieu » répond à une actualité que Canguilhem dénonce dès les premières lignes : « La notion de milieu est en train de devenir un modèle universel et obligatoire de saisie de l'expérience et de l'existence des êtres vivants et on pourrait presque parler de sa constitution comme catégorie de la pensée contemporaine (68). Etonnamment, cette notion navigue « au milieu » de ces occurrences entre lesquelles elle balance sans fin, à l’interface du naturel et de l’artificiel. Oui, si on renonce au préjugé anthropomorphique en développant une conception de la pensée qui ne prend pas pour modèle les formes spécifiques selon lesquelles celle-ci est pratiquée par les humains, à la suite d’une longue histoire dont rien ne permet d’ailleurs d’affirmer qu’elle ait atteint son terme. Les milieux des vivants ne sont pas des états donnés une fois pour toutes, relevant d’une logique de l’être, mais des champs d’action, d’intervention et de circulation, offerts comme tels au sens du possible, dans une perspective non pas ontologique mais axiologique23. Ainsi « le milieu est normal du fait que l’individu y déploie mieux sa vie, y maintient sa propre norme. Procédant à une généalogie du concept de milieu, il montre qu'il trouve son origine dans la physique de Newton : cette origine explique le caractère déterministe du milieu. Lorsque Canguilhem écrit, en 1943, dans son Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique : « Le pathologique doit être compris comme une espèce du normal, l’anormal n’étant pas ce qui n’est pas normal, mais ce qui est un autre normal »9. Canguilhem, le vivant et son milieu sont confondus et se limitent réciproquement4. Que signifie aux yeux de Canguilhem prendre parti philosophiquement en faveur d’un devoir-être ? »15. À la lumière de cette hypothèse, il apparaît que la philosophie de Canguilhem pourrait bien être une philosophie du milieu, avec les deux valeurs objective et subjective du génitif : c’est-à-dire une philosophie nourrie par une réflexion sur l’idée de milieu ou à son propos, mais aussi une philosophie située en plein milieu de la réalité polaire désignée par cette idée dont elle épouse pas à pas les fluctuations sans préjuger de leur issue. x��=˒�8r����cՆ� ��h[-�'fc�oh���=����5�f�����o�'��/���aO��� ��f�=��H $� ����W�^���wo��|q�������_�����������_Ʌ���B)U�jQYYX�x��Wbq�}��W?._���r����������,�]����J/�yuV/|��2Kx]����c�o��/��Ȓ`K� �������ꏋ�����w0c�u���t!�x�?� }�Ż߾Y,���h��j�.T��L]8끼Y���/�2&�����D�QE�S�Aۗ�jզ,�`��qp��4��'��PEh; ����g�Sl��$��RC�3��7����_�a�;���MP��LQ�����ڢ,�Ϲ�N� ���SS�]Q��?2�7��ry������:�h�ZX4쨴�n^� il adopte précisément le point de vue hétérologique défendu par Rickert. endobj
Il s’agit donc d’opposés réels, dont seule la relation est marquée par la négativité, étant écartée la possibilité qu’aucun des termes de cette relation puisse être considéré comme négatif ou positif en soi : autrement dit, ceux-ci, tout en s’opposant, coexistent et d’une certaine manière se complètent6, s’appellent réciproquement, sans toutefois se concilier ni fusionner. La confrontation s’organise autour de deux thématiques abordées de manière centrale par les deux auteurs, l’une portant sur la physiologie, le problème du réflexe et les rapports entre le vivant et son milieu, l’autre sur les notions de normal et de pathologique. Penser, on n’a que trop tendance à l’oublier, est en premier lieu une activité ; davantage encore, c’est une activité qui s’effectue en contexte, et en réponse aux sollicitations transmises par ce contexte : ramenée à ses modalités élémentaires, qui ont leurs racines dans la sensibilité, – la sensibilité n’étant rien d’autre que la conscience qu’a l’être qui en dispose du contexte dans lequel il vit –, cette activité consiste à opérer en pratique des choix, sans avoir besoin pour cela de les théoriser à distance. Mais dans ce transfert l’adjectif conserverait quelque empreinte du substantif auquel il était initialement appliqué. Dans le contexte propre à ce débat, le mot « milieu » véhicule des significations complètement différentes : pour Lamarck, il désigne la Nature grandiose et tragique des romantiques ; pour Darwin, c’est l’ensemble limité des concurrents et agresseurs potentiels qui se disputent un même espace vital. Mais, congé ayant été ainsi donné au préjugé anthropocentriste, on n’en a pas fini pour autant avec un autre présupposé, qui est celui de l’anthropomorphisme, comme le montre Canguilhem dans son article sur « L’homme et l’animal d’un point de vue psychologique selon Charles Darwin ». Or, si cela est, l’un des deux termes seul peut être réel, puisque l’autre est tout négatif. Lorsqu’il a pris connaissance des travaux de Goldstein, Canguilhem a été confirmé dans cette orientation de pensée qui, comme Marx s’y était déjà essayé en empruntant d’autres voies, conduit à expurger la dialectique de ses présupposés hégéliens, présupposés qui, par une sorte de miracle spéculatif, associent nécessitarisme et finalité. »19. Est par là mise en balance la conception d’un sujet transcendant, soustrait au monde et s’assurant face à lui une position exceptionnelle de domination et d’autorité, avec celle d’un sujet immanent à la réalité et au processus complexe de ses relations internes qui, sans s’en extraire, remplit vis-à-vis de ce processus une fonction critique d’examen, l’interroge sur les valeurs que spontanément il met en œuvre, en discute les orientations d’une manière qui n’est pas seulement théorique mais pratique : le premier est une entité métaphysique, et le second un être vivant, un sujet biologique. C’est cette approche des processus de la cognition que Francisco J. Varela esquisse en se servant du concept d’«énactivité» : « Le monde n’est pas quelque chose qui nous est donné : c’est une chose à laquelle nous prenons part en fonction de notre manière de bouger, de toucher, de respirer et de manger […] Dans la démarche énactive, la réalité n’est pas un donné : elle dépend du sujet percevant, non pas parce qu’il le « construit » à son gré, mais parce que ce qui compte à titre de monde pertinent est inséparable de ce qui forme la structure du sujet percevant. Milieu et vivant sont deux entités changeantes en relations étroites, et le vivant lui-même est un milieu et pas seulement un paramètre. À ce point de vue, il n’y a de milieu, comme il n’y a de sujet, que virtuels. "Un vivant est normal dans un milieu donné pour autant qu’il est la solution morphologique et fonctionnelle trouvée par la vie pour répondre à toutes les exigences de ce milieu". Le vivant et son milieu : de Canguilhem à Foucault. À ce niveau, qui est à la fois le plus élémentaire et le plus général, penser, activité concrète qui s’exerce nécessairement en situation, n’est rien d’autre que s’orienter dans un monde non déjà tout donné, mais reconfiguré à mesure que le sujet qui s’y oriente y réalise en acte les besoins et les tendances qui spécifient sa position et sa posture de sujet. Selon Francisco J . En 1980, s’approchant du terme d’un parcours intellectuel entamé cinquante ans plus tôt, Canguilhem déclare à la fin de sa conférence sur « Le cerveau et la pensée : « Le Je n’est pas avec le monde en relation de survol, mais en relation de surveillance. Toute la question est de savoir si la conception « objective » du milieu, qui a donné naissance à une nouvelle physique, fondée sur le principe général du déterminisme, d’où le concept de milieu a tiré ses commencements, a définitivement supplanté la conception « subjective » qui a constitué son origine, après que celle-ci ait été disqualifiée au nom du primat de la raison sur l’imagination. philosophique originale sur le vivant et la vie au milieu du siècle dernier. Depuis que les toutes premières publications de Georges Canguilhem ont été tirées de l’oubli dans lequel il les avait lui-même reléguées et ont été remises en circulation dans le tome I de l’édition de ses Œuvres Complètes, on ne peut plus ignorer que le point de départ de son parcours a été une philosophie du jugement et des valeurs, tournée vers l’affirmation d’un devoir-être, avec, à la source et à l’initiative de cette affirmation, une position philosophique de sujet qui en assume pleinement la responsabilité : en philosophie, comme à l’égard du monde du vivant et de la société, Canguilhem a fait d’emblée le choix du « normatif ». Ce qui est « réel », ce qui constitue la trame de la réalité en tant que milieu, milieu de vie ou milieu de pensée, ce n’est pas l’un à l’exclusion de l’autre, c’est-à-dire en fin de compte l’un sans l’autre, mais leur relation antagonique, leur « contrariété » dirait Hamelin7), donc leur polarité, qui, si elle est amenée à revêtir des formes indéfiniment variées, ne peut être résolue, c’est-à-dire supprimée, dans l’absolu. Ce point de vue est à la base de son concept de « valeurs négatives » qui, paradoxalement, en introduisant la négation au cœur des valeurs, conduit dialectiquement à affirmer, au sens fort du terme, la nécessité de leur conflit, qui constitue leur horizon indépassable : vivre, travailler, connaître, c’est, sous des formes variée, se trouver en plein milieu ou au coeur de ce conflit des valeurs, donc y participer en adoptant à son égard une attitude d’extrême vigilance. En réalité il se fait sans cesse un choix parmi les événements du monde selon qu’ils « appartiennent » à l’organisme ou qu’ils n’appartiennent pas à l’organisme. « L’homme dit sain n’est donc pas sain. »2. b) S’introduire à la Lorsque, tout à la fin de la partie complémentaire du Normal et le pathologique, Canguilhem introduit la thématique proprement renversante de « la maladie de l’homme normal » (Le normal et le pathologique, Paris, PUF/Quadrige, 1966, p. 216), il inscrit sa démarche dans une telle ambiance d’inquiétude ; celle-ci est installée dès lors que sont dissipées les certitudes dont, sûr de son identité, se gargarise un sujet de survol qui s’est placé dans une position surplombante par rapport aux aléas de son milieu d’existence, ce qui lui permet de conférer à sa « normalité » une dimension ontologique, donc d’en faire un état stable auquel il attribue illusoirement la capacité de se perpétuer à l’identique. Dans son sens littéral, celui de Copernic, elle évoque la procédure de décentration et d’objectivation qui débouche à terme sur la représentation de l’univers infini35. Ce n’est pas appréhender celui-ci comme un terrain tout préparé et structuré dans lequel il n’y aurait qu’à s’engager sans l’interroger au préalable sur ses conditions de possibilité. La maxime comtienne « Connaissance d’où prévoyance, prévoyance d’où action », qui établit, entre la science et la technique, une relation directe d’application, préfigure à sa manière la rationalisation du travail humain mise en oeuvre par le taylorisme, qui fait de l’ouvrier un organe de la machine, comme le montrent les recherches de G. Friedmann auxquelles Canguilhem a fait à maintes reprises référence. De ce point de vue, le préjugé anthropomorphique n’est qu’un avatar de l’ontologisme qui fait tout rentrer dans l’ordre du même. Sa méthode est apparentée à la méthode « dialectique » (au sens de Hegel) et doit malgré tout en être nettement séparée. 1 ITO Toyo, Tarzans in the Media Forest and other essays , Londres, Architecture Words 8, AA publications, 2011. L'ouvrage est … Son bois, tantôt dur, tantôt mou, sert à la protection aussi bien qu’à l’agression. Il est manifeste que ni la plante ni l’amibe n’ont souci de la vérité : les gestes élémentaires qu’elles accomplissent en étant guidées par leur seule sensibilité témoignent en elles de l’intervention d’une pensée revêtant l’allure de ce qu’on peut appeler un « sens pratique », c’est-à-dire un savoir-faire non représentationnel, dont les « sujets » sont eux-mêmes des sujets pratiques ; ces sujet disposent comme tels d’un certain sens du possible, parce qu’ils sont engagés dans des schèmes d’action qu’ils mettent en oeuvre à leur niveau selon un certain style qui leur est propre. Portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales, Subjectivité et normativité chez Canguilhem et Foucault, En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées, À quoi les articles font-ils penser ? L’univers tel que Uexküll l’interprète, est peuplé de sujets, sujets intentionnels à défaut d’être réfléchis et conscients des buts vers lesquels leurs comportements sont orientés ; ces sujets déploient autour d’eux des mondes composés de signes que, s’ils ne les ont pas à proprement parler produits, tirés absolument du néant, ils ont sélectionnés. Le blog « La philosophie au sens large » a été créé pour prolonger les séances du groupe d’études qui s’est réuni chaque semaine entre 2000 et 2010, dans le cadre de l’UMR 8163 « Savoirs, Textes, Langage » (STL). « Le propre du vivant, c’est de se composer son milieu » ajoute l’auteur (p.128 » (. La notion de milieu, telle qu’elle se présente aujourd’hui, prend sens à la croisée, et en quelque sorte « au milieu » de ces deux tendances opposées dont l’une lui confère le caractère d’une donnée objective offerte à l’analyse et au calcul, alors que l’autre revêt une dimension subjective qui relève en dernière instance d’une conviction imaginaire, celle de se trouver au centre du monde. « L’expérimentation en biologie animale ». Sur ces bases, il est possible de prendre en considération la réflexion que Canguilhem a consacrée à l’idée de milieu et d’examiner le sens dans lequel elle s’est orientée. Cette représentation, qui a longtemps prévalu, a été disqualifiée quand a été effectué, à l’époque moderne, le passage du géocentrisme à l’héliocentrisme dont a résulté une objectivation de la notion de milieu allant dans le sens de son illimitation et de son décentrement : l’homme n’a pu alors continuer à se percevoir comme se trouvant au centre du monde, et d’un monde fait à sa mesure, mais il a été rejeté à sa périphérie, une périphérie qui se trouve à la fois partout et nulle part. » (, « Conformément aux diverses connotations d’activité, les images perceptives des nombreux habitants du chêne seront structurées de manière différente. « Nous estimons que les questions authentiquement importantes sont des questions mal posées […] Une question ne peut, en tant que telle, être que mal posée. Canguilhem, Georges 1965 b« Le vivant et son milieu » [1946-1947], dans La connaissance de la vie, Paris, Vrin, p. 129 – 154 . Ce qui caractérise dès l’abord cette idée, c’est l’hétérogénéité et la dispersion des champs auxquels elle renvoie, ce qui favorise la prolifération des valeurs négatives. On trouve là un exemple de la polysémie du concept de milieu, qui est le moteur essentiel de son fonctionnement. G. Bachelard, qui s’est beaucoup intéressé aux valeurs sous leur forme cosmique ou populaire, et à la valorisation selon les axes de l’imagination, a bien aperçu que toute valeur doit être gagnée contre une antivaleur. Dans la pièce de Giraudoux, Electre, à laquelle cette parabole est empruntée, le mendiant qui la rapporte s’interroge sur le destin tragique qui amène les hérissons à traverser des routes où ils se font écraser. Dans la reprise paradoxale qui en a été effectuée par une certaine vulgate kantienne, elle indique, exactement à l’inverse, une opération de recentrement, qui replace le sujet au centre d’un monde : alors, ce dernier cesse d’être « le monde » en général et devient, en particulier, « son monde », celui qu’il recrée à sa mesure en utilisant les moyens qui lui sont fournis par son organisation mentale, sa « raison ». Cf. fr. Ce qu’on appelle espace est pris entre ces deux manières d’exister : selon l’une, il déploie ses régularités sur un plan général, uniformément, nécessairement, sans privilégier aucun type d’être ou de comportement ; selon l’autre, il revêt des allures spéciales, diversifiées, orientées en fonction des besoins des sujets qui en font leur champ d’action. C’est en raison de l’importance qu’il attribuait à cette question que Canguilhem, lorsqu’il a dirigé une collection de textes philosophique à l’usage de l’enseignement, s’est réservé la responsabilité de composer l’ouvrage intitulé «, Selon Foucault, c’est cette approche que privilégient les techniques sécuritaires mises en œuvre par le biopouvoir : « La sécurité va essayer d’aménager un milieu en fonction d’événements ou de séries d’événements ou d’éléments possibles, séries qu’il va falloir régulariser dans un cadre multivalent et transformable. Or, il n’en est rien, comme on est amené à le constater lorsqu’on aborde la notion de milieu au point de vue de la connaissance de la vie, dans une perspective qui n’est plus abstraite et théorique mais concrète et pratique : en effet, il apparaît alors qu’il n’y a pas de milieu en soi, entièrement déterminé dans son être par des conditions naturelles, mais il n’y a de milieux que pour des vivants, en relation avec leurs besoins et leurs tendances qui ne cessent de les reconfigurer22. C’est ce qui est nécessaire pour rendre compte de l’action à distance d’un corps sur un autre. Voir également Canguilh em, Le Normal et le pathologique , 3 e Le vivant et son milieu (espace de vie) "Le lézard ne se trouve pas simplement sur la pierre chauffée au soleil. Dans des notes rédigées en 1941 au moment où Canguilhem est engagé dans le travail de préparation de sa thèse de médecine, il écrit : « Si nous admettons, en accord du reste avec la suggestion étymologique, que juger c’est discriminer et évaluer, pourquoi refuserions-nous le jugement même à une amibe, à un végétal ? Ses commencements se situent factuellement sur la plan de la gnoséologie physique : c’est dans le contexte propre à la mécanique newtonienne, fondée sur le principe de l’action à distance récusé par le cartésianisme, que cette idée, qui a été ensuite transposée dans le champ de la biologie, a commencé à s’élaborer, puis s’est développée dans une perspective d’élargissement et d’extension. Préférer et exclure, en faisant la différence entre ce qui est estimé utile et le nuisible, manifestations élémentaires de la polarité de la vie, c’est exprimer des exigences, en rapport avec un devoir-être, donc, au sens propre du terme, juger, même si ce n’est pas en conscience et à bon escient. À l’examen, il apparaît que l’ensemble de l’œuvre théorique qui a été élaborée à partir de ce point de départ et sur sa lancée est restée continûment fidèle à cette « exigence » : ce n’est pas un hasard si ce mot, « exigence », qui traduit la puissance normative propre à un sujet assumant la pleine responsabilité de ses jugements, revient souvent sous la plume de Canguilhem. De tels possibles sont à tous égards « utopiques », au sens où l’utopie n’est pas l’évocation, au futur, d’un autre monde destiné à prendre la place de celui qui existe actuellement, mais représente, à l’intérieur de ce monde-ci, au présent, le travail du négatif qui le taraude et le hante dans ses profondeurs, en révélant que, tel qu’il est, ça ne va pas, « etwas fehlt » : pour reprendre une terminologie utilisée par Derrida, la véritable alternative aux évidences et aux nécessités de l’ontologie, c’est une « hantologie »11. »8. En conséquence, il n’y a pas lieu de se demander quelle fatalité amène les hérissons à traverser les routes tracées par les hommes, car ces routes, qui figurent dans l’espace des hommes, n’ont pas place dans leur espace de hérissons, ce qui explique qu’ils s’y lancent à l’aveugle. Marx pensait à quelque chose de ce genre lorsqu’il avançait, en vue de réduire les prétentions autotéliques de la raison, la thèse du primat de la pratique. L’adjectif sapiens, jusqu’alors accolé à homo, serait désormais accolé à animal, homo y compris. Dans le même sens, F. Deligny place en alternative aux convictions surplombantes du « croire » les expériences hasardées par le « craindre », qui assume les incertitudes du monde tel qu’il est ou tel qu’il paraît être dans lequel il essaie tant bien que mal de s’orienter. (2), Philosopher : une approche grammaticale de la question, Faire de la philosophie : François Zourabichvili, une démarche exemplaire, La Préface à l’édition de 1677 des Œuvres Posthumes de Spinoza, 19 | 2019 – Dire et vouloir dire dans les arts du langage anciens et tardo-antiques, 18 | 2018 – Usages contemporains de Descartes, 16 | 2016 – La notion d'Intelligence (nous-noein) dans la Grèce antique, 13 | 2013 – Pratiques de l'interprétation, 12 | 2012 – Un siècle de chimie à l'Académie royale des sciences, Ce carnet dans le catalogue d'OpenEdition. Quelles sont ses caractéristiques ? Ces deux façons possibles de graphier le mot « milieu » sont indiquées par Canguilhem au bas de la p. 150 de, Considérer les vivants en les séparant de leurs milieux d’existence, c’est procéder, en théorie, à une opération d’abstraction qui, automatiquement, ôte à ces vivants leur capacité d’agir, donc en fin de compte leur puissance d’exister : de tels vivants, privés de besoins et de tendances, ne sont plus que des choses mortes.
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